Peter Fink, céramiste à Ependes
Peter Fink est un céramiste aux multiples facettes. C'est justement ce qui fait l'originalité et la richesse de son parcours artistique, tout à la fois artisan-créateur, producteur, technicien et pédagogue. Et fait rare en Suisse dans ce milieu professionnel : il soutient la relève en formant des apprentis.
Ce qui frappe tout de suite dans ton parcours, c'est ta polyvalence. Comment parviens-tu à concilier des activités aussi différentes que ta propre production, des travaux sur commande, la sous-traitance, la collaboration avec designers et artistes, et l'enseignement?
En sortant de l'école des Arts appliqués de Vevey, ma priorité était de vivre uniquement du métier de céramiste et de devenir indépendant. C'est donc une nécessité de développer plusieurs activités en parallèle. C'est d'ailleurs ce qui m'a amené à collaborer avec d'autres personnes dans mon atelier. C'est un enrichissement de voir comment d'autres personnes abordent le travail, ou certains détails. Ce qui m'importe, ce sont des pièces abouties. Cela me permet aussi d'avoir un rôle social dans la vie de tous les jours et de ne pas rester confiné à mon atelier de poterie.
Tu enseignes dans des écoles professionnelles tout comme dans ton atelier. Quelle place tient l'enseignement dans ton activité artistique ?
Transmettre son savoir, c'est avant tout partager et se remettre en question dans ce que l'on fait. Cela m'amène à me renouveler et à rester ouvert. De plus, la pédagogie est une science fascinante et l'enseignement dans les écoles professionnelles me correspond plus, du fait que le niveau technique est bien plus intéressant.
Tu as d'ailleurs une apprentie. Pourquoi avoir choisi de former des jeunes ?
Sans formation, le métier est voué à mourir. J'ai pu constater cela lors de mon séjour au Népal. Bien que cela se passe dans un cadre bien particulier, à mon avis, les potiers de Kathmandu n'ont pas entretenu la formation et le métier ne progresse plus.
Tu réalises à la fois des objets du quotidien et des céramiques artistiques. Quel est le moteur de tes créations ?
Ce qui me stimule le plus, c'est la richesse des possibilités et la magie de la transformation de la terre. Et cette simplicité du matériau brut. Je suis toujours à la recherche de nouvelles techniques. C'est un défi d'atteindre une certaine virtuosité dans la maîtrise des objets que je réalise. C'est en surpassant l'aspect technique de la piàce que ma créativité prend racine.
L'avenir. Quelles sont tes perspectives ?
Je suis optimiste et j'aime ce métier. Pour me faire avancer, je me fixe parfois des buts comme la participation à un concours à thème ou une exposition dans un lieu bien spécifique. Cela me donne à chaque fois l'occasion de repartir à zéro. Le regard du public m'aide aussi à me remettre en question et à m'adapter à la demande actuelle.
Interview menée par Patricia Comby, sociologue
Prochaine exposition : Design Biennale Luzern