"La Liberté"
lundi 22 juillet 2002, Regions
La collection SwissLine du céramiste Peter Fink résiste même au lave-vaisselle. ALAIN WICHT

EPENDES ; Peter Fink, confectionneur à la Poterie d'Ependes d'objets en céramique utiles au quotidien, se réjouit du succès de SwissLine, sa dernière collection aux couleurs suisses.
Alexandra Thalmann

Un céramiste survit dans un milieu artisanal souvent oublié
Le métier de céramiste me permet de fabriquer mes produits du début à la fin», explique Peter Fink à l'étage inférieur de l'ancienne crèmerie d'Ependes, reconvertie en atelier de poterie. Les céramiques colorées, exposées avec une simplicité qui ne reflète en rien la difficulté et la précision du métier, tranchent sur un fond de murs blancs et de sols nus. Installé dans la maison vieille de plus d'un siècle depuis sept ans et céramiste depuis quinze ans, l'artiste alémanique d'une trentaine d'années, formé à l'Ecole des arts appliqués de Vevey, se spécialise dans la production d'objets utilitaires.

Au début de l'année, Peter Fink a ainsi lancé SwissLine, un service de fondue à la croix suisse, vainqueur du dernier prix spécial d'art populaire des Comptoirs à Romont. Ce service remporte un tel succès en Suisse alémanique, particulièrement dans la région zurichoise, que son créateur peine à satisfaire les commandes.
Et que l'acheteur ne s'y méprenne, chaque objet, confectionné à la main, demande du temps et de la précision. Une seule tasse requiert par exemple une vingtaine de minutes. Les «mugs», caquelons, et autres articles de SwissLine exigent un rouge pour lequel il n'existe pas de colorant, et donc obtenu par un mélange cuit à une température spécifique. Des soins additionels s'ensuivent pour rendre le service résistant au lave-vaisselle.
"Made in Taiwan"
Expo.02 a toutefois refusé sa collection. Les raisons? Selon Peter Fink, l'expo aurait passé un contrat exclusif avec une usine portugaise de céramiques produites en masse et affublées en dernier lieu du logo Expo.02. L'artiste déplore d'ailleurs la qualité de la plupart des produits offerts par celle-ci, bien souvent «Made in Taiwan» et faiblement authentiques: une bouderie envers les arts appliqués.
Créateur de collections différentes, de prototypes pour certaines entreprises comme Switcher (avec sa nouvelle ligne d'articles d'intérieur), ou encore d'objets spécifiques tels que des briques à vin, son travail de céramiste a été mis en évidence dans divers magazines. Peter Fink reste cependant modeste quant à l'avenir de son atelier. «Je ne me fais pas d'illusions, les commandes viennent par vagues», dit-il, prévoyant un éventuel passage à vide. Il ajoute également que la situation de son atelier ne favorise pas forcémment ses produits, mais lui permet de préserver une méthode de fabrication artisanale et non de masse.
Expo à Neuchâtel
Du 23 juin au 22 septembre, l'artiste présente égalemment "Captain Cook", une terre à feu aux allures de paquebot, parmi d'autres oeuvres à une exposition d'arts appliqués contemporains suisses "Fonction Fiction". Le thème de cette dernière, qui se tient au Musée d'art et d'histoire de Neuchâtel, encourage la réflexion et l'expression sur la fonction pratique et symbolique des choses.
C'est ainsi que Peter Fink se réjouit du succès de SwissLine, un signe du retour à la mode du logo national helvétique, perceptible égalemment dans la popularité actuelle de la tendance ethno. Et tout en ouvrant son art à d'autres horizons via Internet, il tente de rester ce qu'il est: un artisan qui apprécie son métier.AT